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Rapport de la phase d'études 2025 Eglise de Montagnac la Crempse.


Marie, dans le tableau La présentation de Marie au Temple

Résumé du rapport réalisé par Élise Rachez et Stéphane Moreau

Restaurateurs d’œuvres sculptées - diplômés d’État

 

Contexte historique et patrimonial

Les deux panneaux en bas-relief étudiés proviennent d’un ancien retable monumental (environ 12 × 8 m), réalisé au XVIIᵉ siècle pour l’église du couvent de la Visitation de Périgueux, fondé en 1641. À la Révolution, le couvent est vendu et détruit, entraînant la dispersion du retable. Retrouvé à la fin du XIXᵉ siècle dans l’église de Beleymas, celui-ci est alors fragmenté en plusieurs parties, dont deux panneaux sont acquis par la commune de Montagnac-la-Crempse. Aujourd’hui, l’ensemble des éléments conservés est protégé au titre des monuments historiques. Les scènes représentent deux épisodes majeurs de l’iconographie chrétienne : la Présentation de Marie au Temple et la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth, thème fréquemment illustré dans l’art religieux.

Les panneaux sont sculptés en bois de noyer, assemblés à joints vifs à partir de planches débitées sur quartier, et enchâssés dans de larges cadres moulurés également en noyer. Les scènes sont réalisées principalement en bas-relief, avec des éléments en haut-relief rapportés (nuées, éléments architecturaux, têtes d’anges), fixés par collage et clouage. L’ensemble est peint, doré et partiellement argenté. Les dispositifs de fixation actuels, anciens, maintiennent les œuvres à environ quatre mètres de hauteur au-dessus de la porte d’entrée de l’église, au moyen de pattes métalliques et de chaînes, générant des tensions mécaniques sur les cadres.

L’étude stratigraphique met en évidence une couche picturale originelle, caractérisée par une préparation blanche à base de carbonate de calcium et de colle protéique, des fonds colorés (vert-bleu, rose pâle), des nuées probablement argentées, et des personnages richement dorés à la feuille sur bol. Trois campagnes de repeints successives ont ensuite profondément modifié l’aspect des œuvres, allant jusqu’à recouvrir partiellement les dorures et l’argenture, simplifier la palette chromatique et altérer la lisibilité des volumes. Un vernis tardif, aujourd’hui réticulé et bruni, contribue à l’assombrissement général des carnations et des décors.

L’état de conservation est préoccupant. Les panneaux subissent un environnement défavorable (variations hygrométriques, poussières, nids d’oiseaux), favorisant le développement de moisissures superficielles et surtout une infestation active de larves xylophages, identifiées comme de la petite vrillette. Cette attaque, concentrée dans l’aubier et les éléments en relief, provoque une désagrégation avancée du bois, perceptible tant en surface qu’au revers. Les couches picturales et dorures présentent de nombreux soulèvements, craquelures et lacunes, avec des pertes atteignant parfois le support bois. Malgré ces altérations, la structure générale demeure relativement stable, bien que fragilisée.

Le diagnostic conclut à l’urgence d’un traitement curatif et conservatoire, combinant désinsectisation, consolidation du bois et refixage durable des couches picturales. Une intervention d’urgence a déjà été réalisée durant l’étude, consistant en la fixation provisoire des soulèvements par papier japonais et adhésif réversible.

Le projet de restauration prévoit une intervention en plusieurs phases : sécurisation et dépose in situ, traitement et restauration en atelier (nettoyage, refixage, consolidation, réintégrations chromatiques et dorées, protection finale), puis remise en place avec un mode de fixation mieux adapté. L’objectif est de garantir la pérennité matérielle des œuvres, d’améliorer leur lisibilité esthétique et de proposer une présentation plus respectueuse de leur valeur patrimoniale, accompagnée d’un dossier documentaire complet.

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