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Rapport de la phase d'études 2025 Eglise de Beleymas.

Fronton du retable du XVII

Résumé du rapport réalisé par Élise Rachez et Stéphane Moreau

Restaurateurs d’œuvres sculptées - diplômés d’État

 

Contexte historique et patrimonial

Le mobilier étudié dans l’église de Beleymas provient d’un retable monumental en bois polychrome, doré et argenté du XVIIᵉ siècle, attribué au sculpteur Matthieu Le Pilleux, réalisé pour le couvent de la Visitation de Périgueux, fondé en 1641. Ce retable, de dimensions exceptionnelles (environ 12 m de long sur 8 m de haut), constitue un témoignage majeur de la sculpture religieuse périgourdine du XVIIᵉ siècle.

À la Révolution française, le couvent est vendu puis détruit, entraînant la disparition du retable. Celui-ci est redécouvert fortuitement à la fin du XIXᵉ siècle dans l’église de Beleymas, sans que les conditions précises de son sauvetage soient connues. En raison des dimensions inadaptées de l’édifice, l’ensemble est fragmenté : deux panneaux sont vendus à la commune de Montagnac-la-Crempse et le reste du retable est divisé en plusieurs éléments répartis dans les chapelles latérales et le chœur de l’église. Aujourd’hui, ces différents éléments sont inscrits et classés au titre des monuments historiques.

L’étude porte sur :

  • le retable de la chapelle sud,

  • le retable de la chapelle nord,

  • le fronton conservé dans le chœur.

Ces ensembles associent des éléments d’origine du XVIIᵉ siècle à des réemplois et ajouts du XIXᵉ siècle, notamment les autels, tabernacles et estrades.

Description générale et fabrication

Les retables reposent sur une structure en bois comprenant un soubassement, des fonds en planches de pin verticales et horizontales rigidifiées par des carrelets, et un décor sculpté principalement en bois de noyer, essence noble caractéristique des parties d’origine. Les scènes centrales sont réalisées en bas-relief, assemblées à joints plats, clouées et enchâssées dans des cadres moulurés. Les colonnes torses, chapiteaux, volutes feuillagées et entablements complètent l’architecture des retables.

Les autels et tabernacles, construits au XIXᵉ siècle, utilisent majoritairement des bois tendres (pin, chêne) et intègrent des éléments anciens, notamment les antépendiums provenant du retable d’origine. Les estrades présentent un décor soigné de parquetage et de marqueterie géométrique.

Le fronton du chœur, également issu du retable du couvent de la Visitation, est sculpté dans un panneau de noyer assemblé, enrichi d’éléments rapportés en haut-relief (nuées, têtes, avant-bras de Dieu le Père). Il est fixé au mur par des pattes métalliques anciennes, aujourd’hui fortement corrodées.

Décors et polychromie

Les éléments d’origine ont été entièrement décapés à une période antérieure, puis repeints, principalement au XIXᵉ siècle, par le doreur Guérin de Bergerac, dont le nom figure sur les retables. Les décors actuels se caractérisent par :

  • une préparation blanche épaisse,

  • des fonds peints mats (bleus, verts ou roses selon les ensembles),

  • des carnations claires,

  • des dorures à la feuille appliquées soit à l’eau et colle protéique sur bol rouge, soit à la mixtion huileuse sur fond jaune, notamment sur les pampres et les bas-reliefs des dés.

Les tabernacles présentent une polychromie mate homogène, contemporaine des repeints du XIXᵉ siècle.

État de conservation

L’état sanitaire général des œuvres est préoccupant, bien que variable selon les ensembles.

Les surfaces sont recouvertes d’un important encrassement (poussières fines, gravats, toiles d’araignées), particulièrement sur les entablements, les revers des retables et à l’intérieur des autels. Les attaques anciennes de petites vrillettes sont généralisées. Si le bois de noyer reste globalement cohérent, les zones en aubier et les moulures en bois tendre présentent une perte de matière significative.

Les structures sont fragilisées par :

  • la corrosion avancée des clous et pattes de fixation, provoquant des soulèvements actifs de la polychromie et des dorures,

  • des éléments mobiles ou mal sécurisés (volutes, moulures, tourelles de tabernacles),

  • des problèmes d’humidité, notamment dans la chapelle nord où l’absence de ventilation arrière a entraîné des dégradations structurelles,

  • des affaissements localisés des estrades et des marches.

La polychromie et la dorure présentent une adhérence très faible : soulèvements, craquelures en pavé, lacunes nombreuses et évolutives. L’oxydation des clous engendre des taches brun-rouge et détruit localement les couches décoratives.

Le fronton du chœur est dans un état particulièrement critique, avec une forte attaque xylophage du cadre et du bas-relief, des assemblages disjoints, des pertes de matière importantes et un système de fixation devenu inefficace.

Tests de nettoyage et principes d’intervention

Les tests ont montré la nécessité de privilégier des nettoyages doux, par compresses imprégnées de solvants moyennement polaires. L’usage de l’eau est strictement limité afin d’éviter toute dissolution ou abrasion des couches sensibles. Les dorures sont nettoyées avec des méthodes adaptées à leur technique d’application (nettoyage salivaire, éthanol, mélanges hydro-alcooliques).

Préconisations de restauration

Les interventions proposées visent à assurer la conservation pérenne, la stabilité structurelle et la lisibilité esthétique des œuvres. Elles comprennent :

  • des déposes partielles ou totales selon les ensembles (notamment le fronton),

  • le remplacement des pattes de fixation par des accroches en inox et l’amélioration de la ventilation arrière,

  • le refixage durable des polychromies et dorures,

  • la consolidation des bois vermoulus,

  • le traitement ou le remplacement des clous oxydés,

  • la désinsectisation curative,

  • la restitution raisonnée de certains volumes manquants,

  • des réintégrations chromatiques et dorées limitées et réversibles.

Un dossier documentaire complet, comprenant un suivi photographique avant, pendant et après intervention, est prévu.

Interventions d’urgence

Des mesures conservatoires ont été mises en œuvre durant l’étude afin de sécuriser les œuvres : vérification des fixations et refixage provisoire des soulèvements par papier japonais et colle réversible, sans compromettre les futures restaurations.

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